Drogué en respirant l’air de ville ?


Vous consommez très certainement tous les jours de la cocaïne, de l’héroïne ou encore des amphétamines bien à votre insu.

Date de publication : 11/02/15


Respirez braves gens

De nombreuses études ont montré que l’air des villes contient des quantités mesurables de drogues diverses1-8. On retrouve ainsi dans l’air des villes de la cocaïne, des cannabinoïdes, des amphétamines et méthamphetamines, de la méthadone, et de l’héroïne. Grâce à leurs propriétés chimiques, ces drogues sont « accrochées » à de fines particules en suspension dans l’air (PM2,5 et PM10)3,8. En vrai, le terme scientifique est « adsorbé ».

Mesures

Pour détecter et mesurer ces drogues, les scientifiques commencent tout d’abord par aspirer un certain volume d’air à travers un filtre, ceci afin de collecter des particules. Grâce à des solvants, ils extraient ensuite toutes les substances de drogues adsorbées sur les particules, elles-mêmes piégées sur les filtres. Les substances se trouvent alors dans une phase liquide, qui est injectée dans un appareil permettant de les séparer les unes des autres et d’en déterminer leur quantité. Après quelques calculs, on déduit la concentration de chaque substance dans l’air. Pour les dérivés du cannabis, une méthode un peu différente est utilisée, mais le principe reste similaire.

Les oiseaux sont-ils drogués ?

Ces composés se trouvent dans l’air de beaucoup de villes dans le monde (Bari, Rome, Milan, Madrid, Barcelone, Sao Polo, Santiago, etc.)1,7. Cependant, les quantités de drogues dans l’air semblent varier suivant les lieux de mesure et les jours de la semaine. Une étude espagnole a ainsi analysé l’air de trois villes (Madrid, Barcelone et La Corogne), à différents endroits (universités, lieux de fêtes nocturnes et quartiers résidentiels), pendant la semaine ou les week-ends. Il en ressort que, même s’il est délicat de comparer les consommations de différentes villes entre elles, notamment à cause des conditions climatiques variées, les concentrations les plus hautes (jusqu’à trois fois supérieures) ont été observées pendant les week-ends et dans les lieux de fêtes nocturne7. Rien d’étonnant jusque-là !
Une étude, qui a été menée dans 28 localités de 8 régions italiennes, a montré que la cocaïne était présente dans l’atmosphère de l’Italie aussi bien en ville qu’à la campagne. Les concentrations en drogues illicites dans l’air sont plus élevées en hiver. Ceci a été expliqué par les conditions météo qui limitent les déplacements d’air en hiver, et par la capacité oxydante (capacité de dégradation) plus faible de l’atmosphère en hiver3. Les molécules sont plus rapidement décomposées en été.

De manière générale, les concentrations varient ainsi de quelques picogrammes (1 g = 1 000 000 000 000 pg) à quelques nanogrammes (1 ng = 1000 pg) par mètre cube d’air1. Dans des environnements urbains espagnols et italiens, il a été détecté des concentrations de 11 à 850 pg/m3 de cocaïne, de 27 à 44 pg/m3 de cannabinoïdes, de 1,4 à 2,3 pg/m3 d’amphétamine et de 5 à 143 pg/m3 d’héroïne3,6-8. Mais les teneurs en héroïne peuvent être encore plus importantes, par exemple à Sao Paolo en hiver (2200 à 3300 pg/m3)1.

Pour « snifer » une dose de cocaïne il faudrait inspirer en une fois 3.1012 litres d’air. Il faudrait pour cela avoir des poumons d’un volume équivalent au volume d’un 1 million de piscines olympiques. Pour « snifer » une dose de cocaïne, il faudrait respirer pendant 30 000 à 50 000 ans, 100 000 ans pour l’héroïne et plusieurs millions d’années pour le cannabis8. Il n’y aurait donc aucune conséquence pour la santé humaine ?
Les auteurs ont souligné des liens possibles entre les concentrations de stupéfiants relevés dans l’air et certaines maladies comme des tumeurs ou des maladies mentales pouvant être provoquées par l’usage de ces stupéfiants. Cependant, il semble encore délicat de faire le lien direct de cause à effet8,9. Une corrélation n’est pas forcément une causalité. Là où les mesures deviennent intéressantes, c’est lorsqu’elles sont utilisées pour développer des indicateurs sur la consommation de drogues ou la criminalité, et il semble que ces indicateurs soient robustes9. Par exemple, les quantités de stupéfiants trouvées dans l’air semblent corrélées à la consommation et aux saisies de drogue, ainsi que dans une moindre mesure à certains crimes constatés dans les villes1,9.

Conclusions

Alors non, nous ne sommes pas drogués par les stupéfiants présents dans l’air ambiant. Mais les concentrations présentes sont assez significatives pour servir de base au développement d’indicateurs de la criminalité ou peut-être de certaines maladies.

La drogue, de la consommation à l’air des villes



Phosphoré par : Gontier Adrien, Adam Véronique

Mots clefs : drogue, air

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Références ▼

[1] Cecinato, A., Balducci, C. & Nervegna, G. Occurrence of cocaine in the air of the world’s cities: an emerging problem? A new tool to investigate the social incidence of drugs? Science of The Total Environment 407, 1683-1690 (2009).

[2] Cecinato, A. & Balducci, C. Detection of cocaine in the airborne particles of the Italian cities Rome and Taranto. Journal of separation science 30, 1930-1935 (2007).

[3] Cecinato, A., Balducci, C., Budetta, V. & Pasini, A. Illicit psychotropic substance contents in the air of Italy. Atmospheric Environment 44, 2358-2363 (2010).

[4] Cecinato, A., Balducci, C., Romagnoli, P. & Perilli, M. Airborne psychotropic substances in eight Italian big cities: Burdens and behaviours. Environmental Pollution 171, 140-147 (2012).

[5] Hannigan, M. P. et al. Bioassay-directed chemical analysis of Los Angeles airborne particulate matter using a human cell mutagenicity assay. Environmental Science & Technology 32, 3502-3514 (1998).

[6] Postigo, C. et al. Determination of drugs of abuse in airborne particles by pressurized liquid extraction and liquid chromatography-electrospray-tandem mass spectrometry. Analytical Chemistry 81, 4382-4388 (2009).

[7] Viana, M. et al. Cocaine and other illicit drugs in airborne particulates in urban environments: A reflection of social conduct and population size. Environmental Pollution 159, 1241-1247 (2011). http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0269749111000546

[8] Viana, M. et al. Drugs of abuse in airborne particulates in urban environments. Environment International 36, 527-534 (2010). http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160412010000565

[9] Cecinato, A., Balducci, C., Guerriero, E., Sprovieri, F. & Cofone, F. Possible social relevance of illicit psychotropic substances present in the atmosphere. Science of The Total Environment 412, 87-92 (2011).



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